Partager, cela s’apprend. En grandissant, votre enfant y verra bien des avantages. En famille, on partage un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout parfois, et surtout sans s’en rendre compte ! Dès sa naissance, un tout-petit partage l’espace, le mobilier de la maison, mais aussi… ses parents. Avec son frère, sa sœur, les petites et grandes chamailleries sont bien sûr le reflet du partage le plus délicat, celui de l’attention parentale.

Invitez-le à prêter, mais pas son jouet préféré…

«Un jeune enfant est naturellement réticent à prêter, car il a peur de perdre la chose en question, explique Emilie Moreau-Cervera, psychologue clinicienne. Il faut qu’il expérimente le partage pour en percevoir les bénéfices.» On peut commencer par l’inviter à prêter un jouet dont il ne se sert pas. Il découvrira d’autres manières de jouer avec cet objet en observant son petit camarade. D’ailleurs, un jouet délaissé connaît toujours un regain d’intérêt quand il est manipulé par un autre ! Il faut accompagner l’enfant dans sa découverte parfois brutale de l’existence de l’autre : «Tu aimerais jouer avec le camion de Tyméo ? Ce n’est pas possible d’arracher, de mordre ou de taper pour l’avoir. On va lui demander autrement.» Puis, en grandissant, les jeux à plusieurs se multiplieront. «Notre rôle de parents, reprend Emilie Moreau-Cervera, c’est donc d’amener notre enfant à faire l’expérience que partager, ça ne veut pas dire perdre, mais gagner.»

Ne le forcez pas à partager !

Paradoxalement, préserver la propriété favorise le partage. Lorsqu’on est assuré d’avoir des objets bien à soi, qui seront respectés comme tels par l’entourage, on est davantage enclins à prêter. Marie est assistante maternelle et mère de trois garçons âgés de 1 à 6 ans. Pour que ses fils vivent bien la présence des enfants qu’elle garde dans leur maison, elle a dû définir avec eux quels jeux et jouets seraient mis à la disposition de tous et quels seraient ceux qui seraient «chasse gardée». Libre à eux de les prêter. Quand ils le font, les bénéficiaires ont conscience de l’honneur qui leur est fait !

Cultivez le plaisir de faire plaisir…

Un tout-petit n’est pas capable d’empathie. « Pour un enfant, ce n’est pas “mal” de ne pas prêter, insiste Emilie Moreau-Cervera. C’est difficile ou douloureux, ça le rend triste ou le met en colère. En grandissant, il va pouvoir s’identifier à l’autre, qui peut être déçu ou triste de ne pas obtenir ce qu’il convoite ou, au contraire, heureux de l’avoir décroché. Or, partager, c’est aussi se réjouir du plaisir de l’autre. Pour apprendre à ses enfants ce bonheur-là, la vie offre beaucoup d’occasions. Il ne reste plus qu’un bonbon : à qui le donne-t-on ? Maxime a grandi, il a besoin de nouvelles chaussures, alors que son frère, lui, n’a besoin de rien. Résistons à notre envie de devancer ses récriminations en lui achetant quand même une bricole. Cette fois-ci, c’est l’un qui bénéficie de quelque chose de neuf et, la prochaine fois, ce sera l’autre. Plus volontaire encore, Agnès a toujours tenu à inciter ses quatre enfants, âgés de 3 à 10 ans, « à faire plaisir aux autres, pour un anniversaire par exemple. Cela signifie que parfois, on offre quelque chose dont on aurait soi-même très envie. Pour moi, c’était important qu’ils apprennent ce plaisir de faire plaisir. Je constate d’ailleurs qu’ils se font beaucoup de cadeaux entre eux, alors que leur relation quotidienne est empreinte de jalousies et de chamailleries.»

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