« A 20 ans quand tu arrives à l’université, tu veux seulement manger la vie. Les gos étaient belles, mes parents avaient un peu… J’étais en haut »

C’est ainsi qu’Arthur commence à me raconter son histoire.

« A l’époque, j’avais bien sûr été sensibilisé dans le cadre de la lutte contre le Sida. Mais ça me semblait lointain. Et puis je ne couchais qu’avec des filles bio. De celles qui ont l’air vraiment propre… C’était bête »

Entre deux cours, Arthur entretenait trois liaisons et quelques autres conquêtes. Il suffisait qu’il invite une fille à réviser dans sa chambre ou qu’il la drague dans une des nombreuses soirées du campus pour en obtenir les faveurs. Il se protège avec ses conquêtes mais pas avec ses « titulaires ». Ce sont des filles « bien ». Pour lui, demander ou même penser à faire un test c’est un peu une insulte. C’est vrai qu’il a bien peur qu’elles tombent enceinte mais bon il sait se retirer.

« J’avais de bons résultats scolaires alors mes parents m’envoyaient plus d’argent. J’étais vraiment heureux. Je faisais partie des boss du campus »

En fin d’année, il obtient même un stage dans une multinationale grâce à un oncle bien placé. Le saint graal. Sa côte grimpe encore plus… Arthur est sur un nuage et va sereinement faire ses examens médicaux. Le lendemain en arrivant au Centre, on lui demande de s’asseoir dans une salle à part afin de rencontrer le médecin. Il tique mais ne s’alarme pas, trop préoccupé par son futur challenge. Dans le bureau du médecin ce dernier ne mâche pas ses mots et lui demande de but en blanc « mon fils… sais tu ce que c’est que le SIDA ? »

« C’était comme recevoir un coup de poing dans le ventre. Mon souffle s’est coupé, je ne respirais plus. J’avais le SIDA dont on parle à la télé »

 

Le médecin lui glisse ses résultats et tout le reste est toujours complètement flou pour lui. Les recommandations, les conseils, l’infirmière qui vient le tirer de sa torpeur… Arthur ne dit plus un mot. Il se taira pendant trois jours. Avant de s’effondrer et de pleurer les trois jours suivants. Arthur pense que sa vie est finie. Les semaines qui passent sont comme dans un film. Il multiplie les rendez-vous à l’hôpital pour caler son traitement et faire des examens supplémentaires. Le plus dur est d’appeler ses copines : il a peur que tout le monde soit au courant. Ses parents, sa famille, ses amis… Que leur dira-t-il ? Pendant un mois il se renferme et se morfond. Sa date de stage approche mais il ne trouve pas la force de continuer ses démarches.

 

Il sait désormais qu’en ayant une hygiène de vie stricte il pourra vivre avec la maladie à la condition de prendre le traitement tous les jours à la même heure. Mais lui, veut mourir. Il a bien trop honte. Pourquoi lui ? Pourquoi cette saleté ? Quand il sort, il a l’impression que le virus va sortir de son corps et s’afficher sur sa peau. Petit à petit, il déprime et décroche de la fac. Il s’enferme dans sa chambre et ment à ses parents que tout va bien.

Au bout d’un mois, son oncle débarque sur le campus : le stage n’a plus de nouvelles d’Arthur. Il s’inquiète. C’est sa première confrontation avec le monde extérieure. La première fois qu’il a pu dire de sa bouche « j’ai le Sida ». Effaré, son oncle appelle ses parents qui débarquent dans l’heure. Sa mère a hurlé, arguant qu’on avait lancé la « sorcellerie » à son fils. Son père plus pragmatique lui a demandé de n’en parler à personne. Il devait quitter sa chambre universitaire et poursuivre ses cours en vivant dans la maison familiale. Mais Arthur a tenu à informer ses trois copines.  Si les deux premières se sont effondrées, la troisième semblait passive, assez pour qu’il comprenne qu’elle se savait déjà malade. L’avait-elle contaminé ? Ou était-ce l’inverse ? Sa charge virale ne permettait pas de le dire.  Il ne le saura donc jamais vraiment.

 

 

Aujourd’hui Arthur est dans une école de commerce où il passe son master. Il vit comme tout le monde mais ne boit pas, ne fume pas, mange sain et ne sort presque pas. Il est célibataire car il a trop peur d’en parler et d’être jugé… pour l’instant. Comme lui 540.000 personnes vivent au quotidien avec le VIH au Cameroun dont 67% de femmes.

Si on peut y survivre, le traitement reste lourd et demande beaucoup de discipline. La meilleure solution reste de se protéger ou de pratiquer l’abstinence.

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